Christophe GENIN (Pr.)

GENIN (Pr.) Christophe

Professeur des Universités à Paris 1,
Directeur de la mention Esthétique-Arts-Cultures,
Directeur de la revue en ligne MUCRI
Directeur de l'ED 279

Christophe Genin est professeur de philosophie de l'art et de la culture à Paris 1 Panthéon-Sorbonne (France). Il codirige la mention Esthétique, Arts, Cultures, et le master 2 Etudes Culturelles. Il dirige l'Ecole doctorale Arts plastiques et Sciences de l'art de l'UFR 04. Ses recherches portent sur les "identités réfractaires", telles qu'elles peuvent s'exposer dans les oeuvres d'art noble ou populaire, ou dans les pratiques culturelles. Elles questionnent, d’un point de vue herméneutique et critique, les représentations et discours établis, l’ensemble des effets d’autorité et les divers processus de reconnaissance au regard des media et des conditions matérielles de production et de diffusion. Elles se prolongent en une perspective anthropologique, interrogeant les effets induits par les rencontres des cultures. Il travaille sur le street art, le kitsch, l'art au féminin, le multimédia, l'interculturalité et la laïcité.

CHEMIN DE PENSEE:

Partant d’une analyse de l’autoréférence, pour étendre un concept logique au domaine esthétique, je montrais que des incrustations réflexives pouvaient exprimer une identité artistique troublant la qualification réputée d’une œuvre. Ce qui exigeait d’examiner les conditions d'une herméneutique de l’art par l’étude des réquisits et des limites de l'interprétation esthétique des œuvres d'art, en regard de la création artistique et des intentions d’auteurs comme référents régulateurs et critiques de cette lecture esthétique. Une intention d’auteur put ainsi être mise en regard des instances réceptrices identifiant et légitimant les œuvres. 

D’où quatre axes..

Une critique des processus d’identification. L’examen des éléments supposés identifier une image (titre, légende, phylactère, inscription) qui la surdéterminent et en forment la signification. Une identité peut en cacher ou en subvertir une autre, i.e. l’affirmation de l’identité de l’imagier (dans des œuvres autoréférentielles) affecte l’identité de l’image par une série d’indices, d’accessoires faisant signe vers l’auteur, quitte à fragmenter le plan et l’espace de la représentation. Ce morcellement de l’image induit des problèmes d’interprétation, de sorte qu’une figure devient polysémique avec une identité ambiguë.

Une généalogie des formes et des représentations, ce qui requiert des échanges avec l’histoire de l’art, la sémiotique, l’iconologie, donc une interdisciplinarité.

Une déconstruction des représentations. L’idée forte est qu’il n’y a pas d’identité pré-établie, si ce n’est comme acquis social et culturel posé  a posteriori comme une essence, et que l’identité résulte d’échanges, par ajouts ou soustractions. Les interprétations esthétiques ou historiques peuvent occasionnellement relever de préjugés sur les arts. L’élucidation de l’image comme représentation d’un processus identitaire réfractaire à l’ordre établi; d’où, par exemple, du côté de l’analyse des œuvres, une réflexion sur la femme artiste et la peinture au féminin singulier, et du côté théorique, une réflexion sur l’épistémologie des études culturelles.

Les processus de reconnaissance de formes d’art ou de genres, soit à travers l’examen critique de la construction de l’histoire de l’art (photographie, cinéma, bande dessinée), soit depuis des formes émergentes (inscriptions urbaines) ou atypiques (kitsch).  

Examinant la question de l’identité comme dialectique entre la construction d’une image de soi et des contraintes de reconnaissance, ma réflexion articule deux orientations, les cultures symbolique et matérielle

Au plan de la culture symbolique et des instances politiques, voire géopolitiques, je  traite des identités réfractaires par la reconnaissance de soi dans les représentations artistiques et par les conditions culturelles et politiques des processus interprétatifs des représentations d’identités. Le processus réflexif immanent à certaines représentations artistiques met en jeu l’identité de l’artiste dans l’œuvre. Ainsi l’œuvre réfracte les contraintes sociales exercées sur l’artiste dont l’identité même réfracte les autorités établies. Examinant la construction des identités (personnelles, sociales, culturelles, religieuses et politiques) telles qu’elles se mettent en jeu dans leurs propres représentations, je procède  à des analyses globalisantes, dynamiques et interactionnistes. La question du « genre » portant sur la supposée minorité (morale, juridique politique) des femmes, et sur leur volonté d’accès à la majorité et à toute forme de responsabilité, s’impose comme cas d’identité réfractaire. Cela donne lieu à une perspective transversale avec le CNRS  et d’autres champs d’UP1 (histoire sociale).

Au plan de la culture matérielle et des contraintes économiques la question de l’identité, peut s’examiner depuis ses présupposés matériels ou sociaux, ou depuis ses conditions de diffusion.

Les études culturelles s’attachent aux vecteurs des activités culturelles et à leurs conditions de réception réelles. Les conditions d’interprétation et de réception des œuvres conduit donc à travailler sur le rôle des nouveaux médias, en arts comme support ou matériaux plastiques et visuels, et en communication comme moyen de diffusion, avec des incidences sur les genres et les catégories établis. 

 Le concept de culture s’entend donc selon ses équivoques, ses considérants technologiques (la « culture numérique ») et ses implications politiques ou internationales (la Déclaration Universelle de la Diversité Culturelle). Il peut s’étendre encore aux récepteurs des œuvres, activant en eux un processus identitaire, soit d’attraction (par reconnaissance et identification), soit de répulsion (par réaction et différenciation), œuvres et publics étant dans des relations d’échanges. Cette question de l’identité se prolonge, par delà les rapports entre réflexivité et manifestation, vers ses présupposés matériels ou sociaux. D’où un questionnement sur le « populaire ». Ces recherches étendent cette identité réfractaire aux représentations d’art ou de goût populaire (bd, tags, pochoirs urbains,  kitsch). 

De fait, depuis cinq ans, je suis invité ou consulté à titre de connaisseur en street art dont j’étudie l’évolution comme les conditions de validation  comme art.