Stratégies figuratives de la peinture contemporaine

16-01-2018 par PERROT Antoine

Journée d’étude – Samedi 3 février – 9h30 – 18h

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – École des arts de la Sorbonne, 47 rue des Bergers 75015 Paris – Amphithéâtre

Institut Acte (UMR 8218) – CNRS – Université Paris 1 – Programme de recherches : Pratiques picturales : peindre, regarder, énoncer

Coordination : Juan Porrero, Romain Bernini.

Stratégies figuratives de la peinture contemporaine.

Un certain sens commun veut que la peinture soit « figurative » lorsqu’elle active notre capacité de reconnaissance d’une certaine réalité. De l’imitation la plus fidèle d’un modèle à sa déformation la plus transgressive, la figure apparaît toujours, en peinture, comme une représentation de quelque chose. Ce même sens commun emploie la terminologie de la « figuration » par opposition à celle de la peinture « abstraite » qui, de son côté, ne chercherait pas à représenter les objets du monde… Si cette manière d’aborder les problèmes de la peinture apparaît aujourd’hui comme dépassée à de nombreux artistes — y compris ceux qui se voient qualifiées d’abstraits ou de figuratifs par la critique —, c’est que, pour eux, toute œuvre picturale est un exercice d’abstraction conduisant à terme à l’élaboration d’une « figure ». Par cette revendication, ils témoignent d’une nouvelle situation picturale où se dessine une manière inédite d’aborder les questionnements figuratifs. Ce faisant, ils nous placent face à un paradigme nouveau où se manifeste la tentative de dépassement des anciens clivages de l’art.

L’affaire n’est pourtant pas évidente, vu que lorsqu’on tente de dégager les différences entre la figuration et l’abstraction — ou leurs similitudes, ou leur dépassement en peinture —, on réalise que, loin de sens communs préalablement cités, il y a des enjeux politiques et historiques fondamentaux qui caractérisent chaque démarche ; et que, d’un point de vue théorique, il n’est pas très rigoureux de simplifier cette polarité par une dissolution de la dialectique qui confronte les deux termes, en même temps qu’elle les relie.

Cette journée d’étude se présente ainsi comme une tentative de clarification des nouvelles données de la peinture contemporaine ; une clarification de ce que nous avons nommé ses stratégies figuratives. À quoi se rapporte aujourd’hui la peinture lorsqu’elle se laisse prendre au jeu de la figure ? Comment l’aborde-t-elle ? Existe-t-il encore un lien de dépendance par rapport à la véracité de la reconnaissance ? La peinture figurative est-elle toujours dépendante ontologiquement de la réalité dont elle est le signe ? Toutes ces questions, et tant d’autres, réactualisées par de nombreux artistes contemporains ayant recours à la figure, semblent indiquer une étonnante vitalité de la peinture actuelle.

Les galeries fourmillent à nouveau de tableaux ; et les tableaux, d’images. Et ce retour par l’image picturale à la figure, et à ce qu’elle engage de réel ou de fictionnel, est sans doute un phénomène important après plus d’un quart de siècle de silence… Toutefois, malgré l’euphorie du moment, la situation contemporaine de la peinture ne va pas de soi : dans les faits, la peinture contemporaine est marquée par ce temps de pause et de crise des années post-modernes, ainsi que par la notion, toujours ambivalente, de « retour » dans un contexte où « la mort de la peinture » est devenue une problématique supplémentaire. Mais la figure n’est-elle pas depuis l’origine une affaire de résurrection ?

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Programme Journée d’étude

Ouverture de la journée : Juan Garcia-Porrero

Stratégies figuratives de la peinture contemporaine.

Discutante : Élisabeth Amblard, MCF, Université Paris 1

9h30 – Alain Berland, critique et commissaire d’exposition.

Voici le temps des assassins — Cette présentation s’attachera à montrer, en complément à l’exposition dans la galerie Journiac, les liens sensibles et intellectuels que j’entretiens avec la peinture en train de se faire et les artistes qui la font. Il faut rappeler qu’en France le médium a longtemps été ignoré par les représentants des institutions ; jugé obsolète et difficilement exposable. J’estime pour ma part que l’intérêt porté au cinéma n’ayant pas supprimé celui pour le théâtre, on peut en déduire par analogie que la puissance de l’image reproductible n’a pas rendu caduque la peinture, et que son usage patient (peu couteux, anti-spectaculaire et extrêmement diversifié) en fait un médium pertinent pour ralentir le regard et complexifier la pensée.

10h – Damien Cadio, artiste.

La Géante — Peindre est une éternelle approximation du visuel, un accommodement, car il y a la main. C’est une interprétation permanente et délicate. Le tableau nait de ça : la main qui avance dans le brouillard. De l’imprécision et la maladresse du geste surgit autre chose. D’un léger tremblement, d’un décalage, d’un accident, se présente une autre possibilité.

10h30 – Discussion – Pause

11h – Eva Nielsen, artiste.

Solides instablesDécider de ne pas choisir. Entre les masses reconnaissables, les lignes définies et les contours diffus. Le plaisir du familier, du possiblement su et de l’inconnu. Paréidolie et « cosa mentale », la peinture peut tout se permettre. Lieu des possibles. Jamais de définition arrêtée. Chantre du perpétuel mouvement. Et, toujours, recommencer. 

11h30 – Vincent Bizien, artiste.

Figures Idiotes — Stockées sous forme de constellation, les figures de mes dessins me permettent de reconstituer certains moments de mon « histoire », et de combler un vide en me permettant de nommer ce qui n’a pas de nom initialement. Parmi toutes ces figures, il y a celle de l’idiot ; du grec idiôtès, qui signifie simple, particulier, unique. Toute chose, toute personne sont idiotes dès lors qu’elles n’existent qu’en elles-mêmes. Je fais l’idiot dans mes dessins qui sont eux mêmes peuplés d’idiots.

12h – Discussion

12h30 Pause repas

Discutante : Sandrine Morsillo, PR, Université Paris 1

14h30 – Damien Deroubaix, artiste.

Des milliers de doigts dans les poches — Une esthétique trash où les références à l’histoire de l’art se mélangent avec les plus divers éléments de la culture populaire, de Grünewald à Cannibal Corpse. Je peins le monde. Si ça fait de moi un artiste engagé, soit.

15h – Anne-Laure Sacriste, artiste.

Orion AveugleMon travail porte sur la question ontologique de la peinture, ainsi que sur l’acte de vision ; il se développe autour de motifs récurrents puisant dans un répertoire qui oscille entre nature et culture. L’observation du réel et l’abstraction de ses formes donnent lieu à des œuvres où se mélangent des gestes à la fois savants et intuitifs, des œuvres dans lesquelles la relation à l’espace est cruciale.

15h30 – Discussion

16h – Pause

16h30 – Romain Bernini, artiste.

Sortir de soi, la peinture une expérience extatique ? — Puissance de l’imagination, extase et suspens, jungles artificielles, hallucinations et chamanes auto-proclamés, ma peinture se veut la figure d’un ailleurs fantasmé. Ma volonté est de penser le monde comme un créole, de créoliser la peinture. Au centre de ma pratique, cette figure du métisse et du métissage apparaît comme une sortie possible du monde de l’entre-soi et des crispations identitaires.

17h – Table ronde animée par Valérie Da Costa, MCF, Université de Strasbourg, et Erik Verhagen, MCF, Université de Valenciennes, avec :

Romain Bernini, Vincent Bizien, Damien Cadio, Damien Deroubaix, Eva Nielsen, Bruno Perramant, Anne-Laure Sacriste.

18h – Clôture de la journée.

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