Allumer/éteindre : la peinture confrontée au numérique

09-10-2017 par PERROT Antoine

Vendredi 17 novembre, 9h30 – 17h.

La Terrasse, espace d’art de Nanterre, 57 boulevard de Pesaro 92000 Nanterre

 

École doctorale Arts Plastiques, Esthétique et Sciences de l’Art (ED 279)

Institut Acte (UMR 8218) – CNRS – Université Paris 1 – Programme de recherches : Pratiques picturales : peindre, regarder, énoncer

Coordination : Patrick Pleutin, Radmila Urosevic, doctorants

 

 

Allumer / éteindre : la peinture confrontée au numérique

Il est peu de dire que le numérique est partout présent dans la vie quotidienne. La pratique de la peinture semble encore peu concernée, à moins que la discrétion des peintres à ce sujet ne fasse écran à une évolution plus engagée qu’il n’y paraît. Certains revendiquent clairement l’usage de l’outil numérique, comme Gerhard Richter dans sa série Strips (2011) avec lequel il réinterprète ses abstractions. On citera également Albert Oehlen et ses Computer paintings ou David Hockney et ses peintures sur tablette. La présence de quelques noms de la scène internationale associés à l’émergence de ces nouvelles pratiques en a favorisé la visibilité, mais il est difficile de mesurer l’étendue de leur usage dans les ateliers. Une ligne de démarcation se dessine-t-elle entre les artistes qui les exploitent et ceux qui s’y refusent ? Ou, plus justement, comment cet usage se dissémine ou est privilégié dans la pratique picturale, soit comme une simple aide ponctuelle à la création, soit en prenant le parti du tout numérique ?

Quels que soient les choix faits par les artistes vis-à-vis de l’outil numérique, et comme le soulignait déjà Hubert Damish à propos de Simon Hantaï et de François Rouan, l’exposition, si ce n’est la soumission, de la peinture à d’autres techniques et à d’autres pratiques, a des implications et des répercussions encore difficiles à mesurer  : « Il se pourrait en effet que le temps soit venu pour la peinture d’emprunter, ne fut-ce que marginalement, et par une manière de passage à la limite, des voies en apparence étrangères à ce qui serait son domaine propre : le problème étant alors de savoir ce qu’elle peut avoir à gagner à cet emprunt, ou de quel prix elle peut être appelée, à l’inverse, à payer le renoncement à ce qui semblait être, en termes modernistes, sa spécificité »[1].

Il s’agit donc de s’interroger aussi bien sur les possibilités nouvelles qu’ouvre l’usage des outils numériques dans la conception des œuvres et leur réception, que sur les modifications, souvent perçues comme des abandons, qu’ils engendrent dans la pratique. Sans omettre, ce reste que serait la peinture, ou qui revendiquerait envers et contre tout le statut de peinture. De la dématérialisation du tableau, ou sa substitution en fichier informatique destiné à être projeté, à la disparition de tout indice matériel comme de toute trace gestuelle, qu’en est-il de ce reste ? Ou comment l’outil numérique, en dissolvant la linéarité du processus traditionnel de la peinture, tend-il à rendre imperceptible ou même absente l’expression pulsionnelle et la confrontation de l’artiste avec le matériau, bousculant ainsi ce qui a été depuis longtemps perçu comme le signe de la peinture et la signature du peintre ? D’un autre côté, comment le mixage de techniques hétérogènes construit-il la peinture par divers débordements brouillant la notion d’unicité, amplifiant celles de plan et de délimitation de la peinture et modifiant notre rapport à l’espace et aux lieux ?

Enfin, les usages différenciés des procédures numériques induisent des pratiques collaboratives avec d’autres pratiques artistiques ainsi que des temporalités nouvelles dans la réception de la peinture : sont–elles une réponse aux reproches trop souvent faits à la peinture de soumettre le spectateur à une présence autoritaire et l’indice d’une possible interactivité de la peinture ? Il s’agit là encore d’en mesurer les effets et d’interroger comment l’outil numérique se combine à la peinture pour « faire tableau » ?

[1] Hubert Damish, « La peinture en mal d’explic(it)ation. Simon Hantaï et François Rouan » (2005), dans La ruse du tableau. La peinture ou ce qu’il en reste, Paris, Éditions du Seuil, 2016, p. 198.

 

PROGRAMME

9h30 — Ouverture de la journée, Christophe Génin, directeur de l’École doctorale APESA, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

9h45 — Introduction de la journée, Radmila Urosevic, artiste – doctorante Université Paris 1

 

Discutant : Patrick Pleutin, artiste – doctorant Université Paris 1

10h00 — Antoine Perrot, Université Paris 1

Restitution, synthèse et analyse des réponses reçues à l’enquête.

Cette restitution des réponses apportées par les artistes au questionnaire tentera de dresser une typologie des attitudes des peintres et des pratiques picturales face ou avec le numérique. Elle dessinera ainsi le cadre des différentes contributions de cette journée.

10h20 — Elsa Ayache, doctorante, Université de Bordeaux Montaigne

Avoir du mal à peindre. L’informatique : une alliée ?

En prenant appui sur différents témoignages convoquant l’intimité de la parole de peintres (écrits, interviews…) et d’une pratique plastique personnelle faisant des obstacles rencontrés son terrain de jeu, nous affinerons certaines questions. L’informatique peut-elle devenir un expédient palliant la réflexion et l’acte de peindre ? Si oui, comment ? Cette remédiation revient-elle à déléguer des gestes techniques, des procédures, des méthodes à d’autres acteurs ? Peut-on même imaginer les voir disparaître, intégralement substitués par les performances de la technique ?

L’approche sera guidée par l’hypothèse que l’informatique constitue une des solutions possibles au bénéfice de l’artiste, de sa pratique et de ses problèmes. En effet, en initiant des méthodes spécifiques de travail, nous verrons que l’informatique permet d’éliminer de nombreuses contraintes et de pratiquer « autrement » la peinture.

10h50 — Dominique Jezequel, artiste

De la peinture au numérique : comment la couleur conduit au numérique ?

Cette communication présentera le parcours d’un peintre qui, pour que la couleur soit le lieu exclusif de l’expression de la peinture, a abandonné la technique traditionnelle de la peinture au profit d’une approche numérique de la peinture, de sa conception à sa diffusion.

11h20 — Christophe Génin, Université Paris 1

Le street art numérique ou les villes tatouées en réseau.

La vision d’un street art comme dégradation de l’espace urbain privé ou public est datée, au sens où elle ignore la numérisation globale qui affecte également cet exercice artistique. En effet, les interventions de rue impliquent de plus en plus des pratiques numériques qui reconfigurent le rapport à l’urbain, entendu comme espace de sens construit par l’homme, et à l’urbanité entendue comme lien social qui le détermine ou en émane.

Le street art lui-même n’est plus seulement un nouveau type de visuel lié à une conception contradictoire de l’espace public (vandalisme versus décoration), car il engage une urbanité numérique sur plusieurs plans qui fait de la ville entière un espace de projection comme le réseau actif de connexions plastiques, esthétiques, politiques.  Nous suivrons ici le parcours hypothétique d’une pièce de street art de sa conception à sa réception pour voir quelle est la part de numérisation qui intervient, et en quoi s’y jouent l’urbain et l’urbanité.

 

11h50Questions

Repas

Discutante : Sandrine Morsillo, Université Paris 1

14h00 — Patrick Pleutin, artiste – doctorant Université Paris 1, et Jean-Baptiste Decavèle,

artiste

Peintures éphémères et numériques

Cette communication se propose de traiter de l’éphémère en peinture lorsqu’elle est confrontée au numérique. Elle s’appuiera sur la série de peintures sur verre qui ont été réalisées lors de ma résidence à Bâmiyân en Afghanistan en août 2016. Le dispositif adopté permet de créer in situ des peintures uniquement captées par le numérique. Il s’agira d’étudier les notions liées à l’éphémère de ces peintures soumises à l’effacement, de retrouver le sens profond du passage du temps, de la fragilité, notions auxquelles nous renvoie l’érosion de lieux chargés d’histoire. Il faudra analyser et démontrer en quoi cette pratique collaborative avec le numérique ouvre des temporalités nouvelles dans la réception de la peinture ?

14 h30 — Pierre Damien Huyghe, Université Paris 1

De la peinture qui se sauve.

En m’appuyant sur la projection d’oeuvres à plusieurs titres singulières, je soutiendrai l’idée que, depuis son passage à la modernité, « la peinture se sauve ». Cette façon de dire peut être rapportée à celle d’Hubert Damisch écrivant qu’il se pourrait « que le temps soit venu pour la peinture d’emprunter, ne fut-ce que marginalement, et par une manière de passage à la limite, des voies en apparence étrangères à ce qui serait son domaine propre ». En même temps, elle permet de préciser l’enjeu de notions qui, comme celles « d’emprunt » et de « domaine propre », apparaissent dans le propos de Damisch.

15h00 — Radmila Urosevic, artiste – doctorante Université Paris 1

Interfaces picturales, (Dé)peindre la peinture

« Interface »… Une notion qu’il convient d’aborder si l’on parle d’une « confrontation » de la peinture au numérique. S’appuyant sur ma propre pratique et recherche en peinture, cette communication interrogera la notion d’interface au sein des pratiques picturales contemporaines. En 2005 à la Galerie Bortier de Bruxelles, Jean-Philippe Bielecki titrait son exposition de peinture : Interface Picturale. Que signifie ce titre ? Si l’on s’intéresse à l’introduction du numérique dans les arts plastiques, plus précisément en peinture, on notera l’importance de l’utilisation du terme « Interface ». Parler d’interface c’est s’intéresser à la liaison entre deux mondes, deux espaces de logique. Pour ce qui concerne la peinture et l’outil numérique on aura : d’un côté une logique de l’espace pictural et de l’autre, une logique de l’espace de la donnée. Passer par l’interface pour comprendre les changements qui s’opèrent au sein des pratiques picturales contemporaines semble inévitable. L’outil numérique modifie-t-il notre perception de la peinture ? En quoi la notion d’interface peut-elle nous aider à comprendre la peinture et ses transformations au sein des pratiques contemporaines ? Comment définir l’Interface ? Qu’est-ce que peindre ?

15h30 — Catharina Van Eetvelde, artiste

De la peinture au data

Cette communication traitera de la nature de la matière dans laquelle une ligne doit être faite pour se faire réelle ? Il s’agira d’étudier les notions liées à ces lignes de peinture que trace l’artiste avec un stylet sur une palette graphique, qui sont captées en tant que script, et n’existent que dans ce temps ou elles sont appelées sur un écran, elles s’exécutent, sans épaisseur, en data.

16 h 00Questions

17 h 00 — Clôture de la journée d’étude.

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