Appel – Les formes de l’agir créatif : quelles pratiques culturelles d’émancipation aujourd’hui ?

25-01-2017 par lyriane

Organisatrices :
Aline Caillet, MCF en esthétique et philosophie de l’art, Université Paris 1
Cécile Mahiou, Docteure en esthétique et philosophie de l’art, Université Paris 1
UMR ACTE / Équipe Études de la culture
En partenariat avec Sophie Cras (MCF en Histoire de l’art, Université Paris 1, HiCSA)

Les études critiques de la culture se sont établies dans le refus de considérer les pratiques
culturelles et la consommation de biens culturels comme étant uniquement soumises aux
déterminismes économiques et sociaux. Récusant les théories de l’aliénation et de la culture de
masse, ces analyses, formulées en termes de culture du pauvre (The Uses of Literacy /
R. Hoggart), de culture populaire (The Making of the English Working Class / E.P. Thompson),
d’échanges de significations (« giving and taking of meaning » / S. Hall) ou encore d’invention
du quotidien (M. de Certeau), ont eu pour point commun de repérer des manières de faire, des
rituels de la vie sociale ou encore des formes de vie dont la liberté créatrice oeuvre à la
production d’une subjectivité émancipée.


Ces approches – y compris dans leurs prolongements contemporains – examinent des
« manières de faire » immatérielles et restent pour l’essentiel centrées sur la figure de la
réception, au risque d’opérer une triple réduction du champ de l’émancipation – pensée comme
activité réceptrice, individuelle, et fondamentalement de nature esthétique. Il s’agit alors de
faire valoir comment le spectateur peut retourner la passivité en activité et mettre en oeuvre
une subjectivation qui permet la réappropriation d’un rapport à soi (J. Rancière), ou comment
les consommateurs sont en quelque sorte des « producteurs méconnus, poètes de leurs
affaires, inventeurs de sentiers » (M. de Certeau). Une telle position n’évacue-t-elle pas la
question de la production proprement dite – qui suppose l’inscription dans un champ
économique et social et une maîtrise scientifique et technique –, sans prendre suffisamment en
compte les limites que les conditions sociales réelles imposent à de telles opérations
culturelles ?
À son encontre, peut-on proposer une analyse de pratiques créatives d’émancipation qui,
d’une part, se passerait des notions de « consommateur » et de « spectateur » – tout en
prenant en compte la question importante de la subjectivation – et, d’autre part, intégrerait les
données propres à tout processus de production (mobilisation d’un appareil de production,
insertion dans un contexte économique et social) ? En effet, toute pratique émancipatrice se
définit certes comme une praxis (activité humaine) mais suppose également une poièsis (une
production, une appropriation créatrice d’oeuvres (H. Lefebvre) ralliant ainsi un projet politique,
social et collectif qui postule que « l’à-venir » de la société est « non seulement à penser mais à
faire » (C. Castoriadis).
Cette question apparaît d’autant plus nécessaire dans un contexte où l’institution de l’art
tend à assimiler tout type de pratiques de nature créatrice, brouillant les frontières entre art et
culture. À cela s’ajoute une certaine fascination de la critique pour des pratiques et des formes
qui témoignent d’une certaine indétermination : c’est ainsi qu’esthétiques relationnelles,
pratiques non-art, gestes ordinaires se sont vus assimilés par le monde de l’art au risque d’être
coupés de leur substrat politique et social. Réduits à une simple esthétique de l’existence, ne
perdent-ils pas alors leur potentiel émancipateur ?
Peut-on encore, sans nostalgie ni repli sur la sphère privée, concevoir des manières d’agir,
de penser, d’échanger, de s’organiser dans la sphère de la culture, qui puissent réarticuler
esthétique et politique au sein d’un projet collectif ? À l’horizon d’une telle réflexion se joue la
capacité transformatrice de la culture, à même, d’une part, de déjouer les forces de domination
et d’hégémonie et, d’autre part, de lutter contre l’autonomisation et l’atomisation par le monde
de l’art – qui ont précisément pour fonction une dépolitisation des formes (K. Ross).
C’est ce potentiel émancipateur des pratiques culturelles que nous souhaiterions
interroger à l’occasion de cette journée. Quelles sont les manières de faire, les modes
d’organisation et de production à l’oeuvre dans le champ social, culturel et artistique ? Quelles
formes prennent aujourd’hui des activités de création non conditionnée qui amorcent un
processus de subjectivation ? Dans quelle mesure de telles pratiques portent-elles leurs propres
théorisations et font-elles l’objet de reprises et de réappropriations au sein d’une culture et
d’un savoir partagés ? Comment se matérialise un agir créatif collectif ?
Un retour historique ainsi qu’une perspective sur l’art actuel permettront de réfléchir à
des modes de production tels que les pratiques contre-culturelles ou amateures, les pratiques
d’édition collective, d’investissement des lieux publics, de déploiements numériques ou
hacktivistes. Sont attendues des propositions de participation portant, soit sur des manières de
faire, d’échanger et de s’organiser dans le champ social, politique, militant, artistique et culturel
(incluant notamment les domaines de l’architecture, du design et des arts appliqués) ; soit sur
une approche théorique privilégiant la place et la fonction de pratiques culturelles de nature
émancipatrice au sein d’une théorie plus générale de la culture et de la société.
Merci d’envoyer votre proposition d’une page à aline.caillet@univ-paris1.fr et
cmahiou@gmail.com, accompagnée d’une courte notice bio-bibliographique.
Date limite : 10 février 2017

Thèmes possibles :
• Culture populaire / Invention de la tradition
• Histoire culturelle et sociale des pratiques contre-culturelles
• Productions collectives (revue, édition…)
• Pratiques culturelles à l’ère du numérique
• Formes artistiques et culturelles liées aux collectifs hacktivistes
• Pratiques culturelles liées à la production de l’espace, au droit à la ville, à l’écologie
• Pratiques amateurs

 

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