Journée d’Etude Kitsch et Antiquité 12 décembre 2014

08-12-2014 par GENIN (Pr.) Christophe

Les époques du Kitsch :

Kitsch et Antiquité

 

Programme

 

9h20 Accueil – Ouverture de la Journée d’Etude et mot de bienvenue

 

MATINÉE : Présidents de séances : Christophe GENIN et Lionel SOUQUET

 

9h40-10h00: Christophe GENIN (UP1),

Kitsch et Antiquité : historicité ou intemporalité ?

 

10h00-10h20 Benoît JEANJEAN (UBO),

Le prisme du kitsch est-il applicable à la littérature latine ?

 

10h20-10h40 Florence DUPONT (UP VII),

Eschyle était-il Kitsch ?

 

 

10h40-11h00 Discussion

 

 

11h00-11h20 Pause

 

11h20-11h40 Nicolas CORRE (docteur de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes),

Du kitsch dans la religion romaine ?

11h40-12h00 Marie-Hélène DELAVAUD-ROUX (UBO),

Pourrait-on appliquer le concept de kitsch aux danses laides définies par Platon ?

 

12h00-12h25 Débat

 

 

12h30-14h Déjeuner

 

 

 

Les époques du Kitsch :

Kitsch et Antiquité

 

Programme

APRÈS-MIDI : Présidentes de séances : Isabelle LE CORFF et Lucie TAÏEB

 

14h-14h20 Evangelos ATHANASSOPOULOS (UP1)

Kitsch et académisme

 

14h20-14h40 Emmanuelle BOUSQUET (Nantes),

De l’usage du Kitsch pour échapper au Vérisme : l’opéra italien au début du XXe siècle

 

14h40-15h00 Alessandro LEIDUAN (Toulon),

Pasolini ou le kitsch de la transgression :

la transfiguration de l’Antiquité classique au service de l’éthique post-bourgeoise actuelle

15h00-15h20 Discussion

 

15h20-15h40 Pause

 

15h40-16h00 Elizabeth MULLEN (UBO),

“I am Spartacus!” Wyler, Kubrick, et les autres :

kitsch et Antiquité dans les péplums hollywoodiens

16h00-16h20 Isabelle LE CORFF (UBO),

Cléopâtre : fatalement kitsch ?

16h20-16h35 Discussion

 

16h35-16h40 Pause

 

16h40-17h40 Table Ronde animée par Christophe GENIN et Lionel SOUQUET :

Neli DOBREVA, Florence DUPONT, Alessandro LEIDUAN, José MOURE, Pascal LE BRUN CORDIER

 

17h40 : potem amicabilem et tutti quanti

 

Programme détaillé

Argument

Né à la fin du XIXe siècle, le kitsch est étroitement lié à une culture populaire (roman rose, roman-photo, polar, science-fiction, cinéma populaire, caricature…) considérée comme de mauvais goût par la culture établie. Le kitsch interroge donc la notion de légitimité et les niveaux de pratique culturelle. Nos Journées d’Etudes précédentes  nous ont permis d’affiner la dimension du kitsch dans ses différentes orientations et composantes. Il nous est apparu non comme un genre, mais comme un aspect, une manière aux applications et variations multiples, une manière d’exister (Kitschmensch), une attitude vitale. Il nous a semblé que le kitsch était souvent énoncé et reçu au premier degré. Passer au second degré est-il alors un évanouissement du kitsch ou une inversion de valeurs qui le fait participer à la post-modernité ? Nous nous sommes proposé d’analyser les époques du kitsch. Est-il typique d’une époque et d’une culture précise ou est-il un thème décliné à plusieurs époques ? Peut-on l’identifier et le reconnaître dans l’histoire, ou commet-on des anachronismes ? Jusqu’où peut-on étendre les limites historiques du kitsch ? Après avoir examiné les relations entre le kitsch et le baroque, relevant des similitudes formelles qui pouvaient obérer des intentions profondément divergentes, nous poursuivons ce rapport du kitsch au temps et à l’histoire, en référant à l’Antiquité. Les images antiques très colorées peuvent-elles correspondre à une forme du kitsch ? L’Antiquité est-elle un objet de prédilection pour le kitsch ? Pourrait-on faire une généalogie du kitsch en regard de l’Antiquité ou n’est-ce qu’une illusion rétrospective ? La notion de « mauvais goût » ou de « camelote culturelle » existait-elle dans l’Antiquité ? Nous nous demanderons aussi comment l’Antiquité est représentée dans la culture moderne et contemporaine. L’Antiquité y est-elle travestie, caricaturée ou idéalisée – voire « kitschifiée » – et, si oui, de quelle façon ? Ces transformations sont-elles conscientes et volontaires et, si oui, dans quel but ? S’agit-il de rendre l’Antiquité plus « proche » de nous ou de l’utiliser comme « prétexte » ? Ces questions seront abordées selon une perspective transversale qui permettra de regrouper des spécialistes de l’Antiquité et des théoriciens de l’art (littérature, peinture, cinéma, musique), convoquant diverses cultures, différentes méthodes analytiques.

 

 

Communications

Evangelos Athanassopoulos (chercheur associé, UP1/UMR 8218): Kitsch et académisme

Partant du caractère problématique de la notion de kitsch appliquée à l’antiquité, il conviendra d’interroger l’anachronisme comme caractéristique consubstantielle et mode opératoire par excellence du kitsch lui-même. Plutôt que d’examiner la pertinence du terme dans le cadre de l’art antique, nous envisagerons le rapport à l’antiquité comme étant au centre de la conception du kitsch comme catégorie tant esthétique qu’historique, et ceci depuis sa naissance au milieu du XIXe siècle. Il sera ainsi envisagé comme processus plutôt que comme genre, processus suivant lequel l’antiquité se « kitschifie » à partir du moment où la réalité des conditions de production démontre le caractère répétitif de l’académisme. En insistant sur son interdépendance avec l’académisme, il s’agit de montrer que l’analyse du kitsch suivant la logique des époques pose inévitablement la question de notre rapport contemporain à l’histoire, voire à l’historicité de la culture.

 

Emmanuelle Bousquet (MCF, Nantes) : De l’usage du Kitsch pour échapper au Vérisme : l’Antiquité dans l’opéra italien du début du XXe siècle

Entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, l’opéra italien a connu une phase de forte transformation. Opposé à l’opéra vériste initié, entre autres, avec Pietro Mascagni (Cavalleria Rusticana) et Ruggero Leoncavallo (I Pagliaci) les mouvements d’avant-garde, tel le futurisme, ont cherché, avec plus ou moins de succès, à explorer d’autres voies. Moins révolutionnaires, mais tout aussi volontaires dans leur envie de changement et de modernité, d’autres compositeurs tels que Riccardo Zandonai (Melaenis, 1912) et Pietro Mascagni (Néron, 1935) ont choisi l’exploration extrême des codes du vérisme, à travers l’évocation de l’Antiquité et l’usage du kitsch, afin de renouveler le genre opératique.

 

Nicolas Corre (docteur de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes): Du kitsch dans la religion romaine ? 

Si le sacrifice romain sanglant est au centre de l’attention de la recherche contemporaine, un certain nombre de rites de la religion romaine ont été déconsidérés par l’historiographie, et classés sous l’étiquette de « magique », de « barbare », ou plus simplement d’ « étranges » ou de « bizarres ». Aux yeux de l’Occident, un renard que l’on enflamme au milieu du Grand Cirque ou la crucifixion de chiens vivants sont « kitsch », ou de « mauvais goût », car ces rites ne correspondent pas à notre conception d’une civilisation romaine largement idéalisée. Pourtant, aux yeux des Romains, tous les rites sont dignes de respect à partir du moment où ils respectent la tradition. Nous nous intéresserons au cas symptomatique du lapis manalis, « la pierre des Mânes ». Les épithètes disqualifiantes comme « magiques » ou « bizarres » cachent, en réalité, notre propre ignorance des arcanes de la religion romaine et l’inefficacité de nos grilles d’analyse.

 

Marie-Hélène Delavaud-Roux (MCF, UBO) : Pourrait-on appliquer le concept de kitsch aux danses laides définies par Platon ? 

Dans sa cité idéale, Platon aurait-il pour la première fois défini le concept de « kitsch » (sans en employer le mot bien sûr), à la fois comble du mauvais goût et pourtant valeur esthétique moyenne ayant de puissantes ressources dans un monde en perte de repères ? Lorsqu’il évoque sa cité idéale, Platon écrit au IVe s., dans un monde qui a subi de nombreuses crises et qui lui apparaît sans doute en perte de vitesse. En tant que philosophe, il lutte contre l’esthétique moyenne de son temps. Les danses laides (kordax et autres danses de la comédie) sont pour lui  un signe de mauvais goût, de mauvaise éducation et ne devraient jamais être exécutées par des citoyens (cf. Lois, VII, 816e).  C’est ce que préconise le philosophe. Mais, dans la réalité, il s’agissait de danses effectuées par les citoyens, puisque ces derniers étaient acteurs et choreutes au théâtre, et pour un public composé essentiellement de citoyens. Ces danses font partie des danses dionysiaques (Lois, VII, 816e et 815 c-d), représentées sur les vases grecs. Caractérisé par des déhanchements que Platon jugeait indécents, le kordax resta durant toute l’Antiquité grecque une danse très prisée.

 

Florence Dupont (PR, Paris VII) : « Eschyle était-il Kitsch ? »

Dans les Grenouilles d’Aristophane, Euripide reproche à Eschyle d’avoir boursouflé la tragédie et corrompu la tradition, pour en mettre plein la vue au public. De fait il utilise des musiques orientalisantes suraiguës, il use et abuse de costumes dorés, il introduit dans l’espace scénique des machines volantes, un char ailé ou un griffon. Même si la notion de kitsch serait sans doute plus facile à appliquer à la culture hellénistique, elle peut être pertinente justement chez un auteur toujours taxé d’archaïsme. Les deux tragédies de référence seront les Perses et Prométhée enchaîné.

 

Christophe Genin (PR, UP1) : Historicité ou intemporalité du kitsch ? 

Mettre en regard une période historique circonscrite comme l’Antiquité avec un style, une manière, un goût, aussi historiquement identifié que le kitsch peut sembler une gageure. Si l’Antiquité peut bien être un motif pour le kitsch, inversement a-t-elle pu connaître quelque chose comme du kitsch ? Comment éviter anachronismes et illusions rétrospectives, confusions et projections, amalgames et faux-sens ? Comment ne pas tomber dans une pensée kitsch à propos de l’Antiquité ? A partir d’une lecture d’Adorno, nous examinerons donc le rapport du kitsch dans l’art pour voir s’il s’agit d’une période historiquement déterminée ou d’une tendance intemporelle.

 

Benoît Jeanjean (PR, UBO) : Le prisme du kitsch est-il applicable à la littérature latine ? 

Le lecteur des œuvres littéraires latines peut parfois rencontrer des procédés d’exagération, d’accumulation, de décalage, voire de mauvais goût, qui étonnent sa sensibilité contemporaine et qu’il serait tenté de qualifier de « kitsch ». Mais ce concept est-il approprié pour envisager la réception de ces œuvres littéraires par les lecteurs latins ? N’est-il pas plutôt une projection de notre propre regard sur des œuvres dont les clés de lecture ne nous sont plus immédiatement accessibles?

Textes de référence : Ovide, Métamorphoses et Ibis ; Sénèque, l’Apocoloquintose et saint Jérôme, Lettre 1 et Contre Vigilance.

 

– Isabelle Le Corff (MCF HDR, UBO) :  Cléopâtre : fatalement kitsch ? 

Si les connaissances sur la Reine d’Égypte sont maniées avec prudence par les historiens, dès les premiers temps du cinéma, Cléopâtre fascine les réalisateurs qui n’ont de cesse de la mettre en scène. Fantasme de beauté et d’érotisme, de méchanceté et de courage, elle est la plus formidable héroïne cinématographique de tous les temps. Que nous disent les fictions de l’époque représentée ? Que nous apprennent-elles de l’époque de leur production ? En partant du postulat qu’un film est kitsch lorsqu’il dépeint un sujet ou un thème de manière grandiloquente et mélodramatique sans apporter de connaissances véritables ou sans même permettre au spectateur d’établir de liens à partir du sujet ou du thème, nous ferons une approche comparée des différents biopics en interrogeant leurs époques de production, leur appartenance genrée ainsi que leurs qualités esthétiques.

 

Alessandro Leiduan (MCF, Toulon) : Pasolini ou le kitsch de la transgression : la transfiguration de l’Antiquité classique au service de l’éthique post-bourgeoise actuelle.

« Je suis un petit bourgeois, mais j’ai de la haine envers la petite bourgeoisie (et donc envers moi-même). Je ne peux parler de la petite bourgeoisie que si celle-ci devient mythique. J’ai choisi alors le mythe d’Œdipe pour parler de moi, de mes problèmes, de ma psychologie de petit-bourgeois ». (http://www.ina.fr/video/I04154749). Personnage fort controversé de son vivant, Pasolini est devenu, quarante ans après sa mort, une icône de la transgression et de la révolte, surtout dans les milieux académiques français où il incarne « celui par lequel le scandale arrive », le prophète de l’anticonformisme. Ses admirateurs se plaisent à colporter l’idée selon laquelle sa représentation de l’Antiquité classique, dans des films comme Œdipe roi (1967) et Médée (1969), serait au service d’une subtile critique du monde petit-bourgeois moderne. Et s’il s’agissait, au contraire, d’une transfiguration complaisante et satisfaite de ce même monde ? Les temps sont mûrs, peut-être, pour reconnaître, enfin, dans celui qui fut, autrefois, un symbole de révolte, l’une des plus pathétiques préfigurations des Kitsch-Menschen contemporains.

 

Elisabeth Mullen (PRAG, docteure, UBO) : I am Spartacus!” Wyler, Kubrick, et les autres : kitsch et Antiquité dans les péplums hollywoodiens.

Production de masse par excellence, à la fois louange du peuple et portrait extravagant de l’aristocratie, le péplum hollywoodien, à travers le kitsch, met en évidence une certaine ambivalence de la culture nord-américaine.

 

Lionel Souquet (PR, UBO) : Kitsch, Antiquité, glamour et tutti quanti… (sous réserve)

Souvent associé à la démesure des châteaux de Louis II de Bavière et à la notion de pastiche, le kitsch apparaît à la fin du XIXe siècle. Curieusement, c’est à cette époque que les références à l’Antiquité se dégradent et s’érotisent, tombant souvent dans le grotesque ou l’anachronisme alors que, de la Renaissance au début du XIXe s., la possession d’objets antiques avait été signe de prestige et de « distinction ». Nous verrons quelques exemples pris chez Zola, chez les peintres pompiers, chez le photographe homoérotique Wilhelm von Gloeden, chez Pierre et Gilles ou dans le cinéma hollywoodien.

 

Table ronde (ou baroque ? ou kitsch ?)

 

Neli Dobreva (docteure UP1)

Florence Dupont (PR, Paris VII)

Pascal Le Brun Cordier (Past, UP1)

Alessandro Leiduan (MCF Toulon)

José Moure (PR, UP1)

 

 

Informations

Lieu : Paris 1- UFR 04

Centre Saint-Charles

47 rue des Bergers 75015 Paris

(métro Lourmel, Javel, Charles Michels)

Salle de l’Ecole Doctorale (2e étage, aile verte)

 

Horaires : 9h20-18h

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