France Culture -The Hanging Garden

26-06-2018 par MATHEVET Frédéric

 

THE HANGING GARDEN

Partition suspendue pour mezzo-soprano, protéodies et un jardin ouvrier.

 

I must fight this sickness

Find a cure

I must fight this sickness…

The Cure, Pornography, 1982.

 

Frédéric Mathevet (création), Angélique Tibau (réalisation), Hervé Dubreuil (Ingénieur du son) et Hélène Singer (mezzo-soprano).

Attention auditeur, ce que tu vas écouter va pénétrer au plus profond de ton corps et jouer avec les acides aminés et les protéines que tu produis en ce moment même. Ne t’inquiète pas, les « ondes sonores » choisies ne devraient que déployer chez toi une sensation de bien-être. Mais de petites doses de ce remède par les oreilles sont recommandées. Tu t’y reprendras à plusieurs écoutes pour savourer l’ensemble de cette expérience. Ah, oui ! tu peux aussi faire écouter ces douces mélodies médicinales aux pieds de tomates de ton balcon, aux fleurs diversement colorées qui aguichent les regards envieux de tes voisins, et à certains légumes que tu as rapportés du marché.

Le succès est garanti et remplacera l’arrosage quotidien. Attention, toujours à dose homéopathique, certaines mélodies risqueraient de multiplier leur taille par deux ou trois. C’est un rituel magique auquel tu t’adonnes à chaque écoute. Ces vibrations sonores qui soignent et aident à la constitution de nos bonnes protéines vont s’accorder avec les paroles récoltées dans des jardins-ouvriers. Une parole simple, en quête de recherche de soi et d’un meilleur vivre ensemble : un humanisme liminaire.

Été 2017. J’ai recueilli, par le truchement de mon micro, la parole des jardiniers et des jardinières d’un jardin ouvrier : La Friaude (42400 Saint-Chamond). On ne récolte pas seulement dans ce jardin suspendu, sur le flanc nord du Pilat, des légumes et des fleurs. À l’écart de ces soucis quotidiens, le jardinage et ce qu’il implique de sociabilité dans un espace partagé ne sont pas le lieu d’une dormance de la pensée. Bien au contraire, le jardin ouvrier est cet espace laboratoire, où, dans l’attente d’une météo meilleure, dans l’échange des bulbes et de conseils de jardinage, on pense la société, et, symboliquement, on la panse en cultivant son jardin. Le lieu d’une cure personnelle et collective, où l’on espère que toutes ces idées en germes vont se bouturer dans une société à venir.

Particulièrement depuis que les femmes se sont accordé le droit de jardiner comme les autres (les hommes), mais en y apportant une autre manière de faire : en ne cherchant pas la rentabilité à tout prix et en remettant en cause la sacro-sainte organisation en rang des légumes et des pommes de terre. Germent alors des idées et des réflexions sur les valeurs universelles : les droits humains, la protection de l’écosystème local et mondial, l’égalité entre les hommes et les femmes, les contradictions de la mondialisation… Bref un ébourgeonnage de la pensée au rythme des semis, des arrosages et des rencontres.

J’ai marcotté ces réflexions se faisant, j’ai récolté ces pensées qui se font dans la bouche, ces musicalités qui traversent les corps, ces idiorythmies qui s’apposent à une langue maternelle. Puis j’ai greffé ces empreintes de corps d’être parlant, qui s’arrange, s’acclimate d’une langue et d’une pensée, sur des protéodies, le rêve d’« ondes sonores » méticuleusement choisies qui s’accordent avec les mouvements ondulatoires des acides animés et qui se fixent aux chaînes protéiques. Des mélodies magiques qui aident les haricots à pousser, qui font reculer les doryphores et qui déploient notre bien-être.

Et c’est cette parole récoltée qui est remise à son tour sur le chantier, qui mute à nouveau en chanson.
Parce que la chanson est une affaire publique.

Ces réflexions, mises en musique, seront de nouveau chantées dans le jardin de La Friaude. Rituel magique, performance sonore, qui devrait décupler la croissance des plantes, faire reculer les maladies et multiplier le bien-être associé au jardinage, cette performance sera aussi l’occasion de rendre la parole à toutes les personnes qui n’osent pas la prendre et à qui notre société post-capitaliste ne la donne pas.

Fall fall fall fall

Into the walls

Jump jump out of time

Fall fall fall fall

Out of the sky

Cover my face as the animals cry

In the hanging garden

In the hanging garden

The Cure, The hanging Garden, 1982.

Je remercie tous les jardiniers et les jardinières de La Friaude qui m’ont accueilli avec la plus grande gentillesse et qui se sont, le temps d’un été, laisser-aller à une parole libre et généreuse.

Frédéric Mathevet

Print Friendly, PDF & Email
Print Friendly, PDF & Email

Du même auteur :

Paritions #3 « Donner-ordonner »

mars 10, 2018

L’Autre musique et le programme de recherche Arts Sonores de l’Institut Acte vous invitent à 3 événements poursuivant ...

Lire la suite +

L’Autre émission #1 : Capture

février 18, 2018

L’Autre émission est une version radiophonique de L‘Autre musique. L’Autre émission propose un temps de dialogue, une rencontre entre deux approches pour ...

Lire la suite +

Partitions #2// Programme

décembre 14, 2017

Pour télécharger le programme en ligne. Partitions#2 : Former/ Transformer. Le Cube centre de création numérique, 21 décembre ...

Lire la suite +

PARTITIONS #2 FORMER/TRANSFORMER

décembre 6, 2017

Pour cette seconde édition du séminaire-atelier «  Partitions » accueilli par Le Cube, centre de création numérique, nous questionnerons ...

Lire la suite +

« DotA2 » plays Vivaldi

octobre 19, 2017

Les étudiants de la promotion 2018 de la spécialité Son de L’école Nationale supérieure Louis Lumière présenteront leur travail scénographique du vendredi 27 octobre au dimanche 29 octobre 2017 à La Générale ...

Lire la suite +