PARTITIONS #2 FORMER/TRANSFORMER

06-12-2017 par MATHEVET Frédéric

Pour cette seconde édition du séminaire-atelier «  Partitions » accueilli par Le Cube, centre de création numérique, nous questionnerons la partition comme espace poïétique où s’envisage la matérialisation de l’œuvre à venir. Dans les formes variées qu’elle peut prendre (textuelle, dessinée, écrite…), la partition est un espace intermédial et intersémiotique par excellence – le lieu du métissage et de la transformation où signes, matières, images sont soumis à des manipulations, redéfinitions… Bref, la partition est le lieu d’une plasticité (Malabout, Debono) qui pourrait permettre d’interroger la partition non pas comme diagramme, mais comme re-diagrammatisation, c’est-à-dire une remise sur le chantier des signes.

Mots-clefs : intermédialité, intersémioticité, shape shifting, diagramme, altérer, plasticité, processus, émergence, data-bending, programme.

Le séminaire-atelier sera suivi d’un concert gratuit d’électroacoustique sur l’acousmonium de MOTUS. Les pièces seront interprétées par Olivier Lamarche.

Réservation obligatoire pour la journée : contact@lautremusique.net

Programme :

9H00-9h30 accueil

9h30 Nathanaëlle Raboisson (Artiste-chercheure, MotusLab, Compagnie Musicale Motus), Interprétation sur acousmonium et notation musicale

L’interprétation sur acousmonium est une pratique récente. La musique acousmatique est composée en studio et fixée sur un support. Lorsqu’il prépare son interprétation, l’interprète acousmate ne possède que cet enregistrement. Durant son travail d’analyse, il va réaliser différents documents, notes, relevés graphiques, qui vont progressivement construire le projet d’interprétation, et qui vont également servir de support de jeu lors de la performance sur l’acousmonium.Il n’existe actuellement aucune normalisation, aucun système de notation de l’interprétation des musiques acousmatiques.

Depuis deux ans, la compagnie musicale Motus a analysé différents supports de travail utilisés par ses interprètes.L’exposé présentera les premiers résultats de cette étude et révèlera les liens existant entre notation, écriture musicale et geste instrumental, et apparaissant sur ces documents.

10h30 Pierre Couprie (IreMus / Université Paris Sorbonne), Approches contemporaines de la notation musicale

Depuis la stabilisation de la notation musicale moderne à la toute fin du XVIe siècle, les compositeurs n’ont eu de cesse de la faire évoluer ou de trouver des solutions aux problèmes posés par l’évolution de la lutherie ou l’expérimentation sonore. Après les incursions dans le domaine du graphisme ou de la notation gestuelle à partir des années 1950, un nouveau courant semble émerger depuis la fin des années 1990. Les compositeurs utilisent désormais l’informatique pour créer des partitions animées, interactives, algorithmiques, codées en direct, tangibles ou situationnelles. Toutes ces pratiques ont un point commun, elles inventent une notation intrinsèquement liée à une pratique artistique particulière. Si ces nouvelles formes de notation révèlent une très grande liberté quant aux symboles et aux supports qu’elles utilisent, elles s’ancrent fortement dans l’éphémère, rendant ainsi difficile, voire impossible, l’archivage et la conservation.

Cet exposé présentera quelques exemples de ces nouvelles formes de notations en tentant d’en dégager une typologie.

11h30 Pause

11h45 Rosario Etcheverry (université Lille 3, CEAC) Écrire des dispositifs :
 penser le « programme » dans les arts sonores et la musique

Mots clés : programme, dispositif, numérique, grammatisation, machine.

La thématique centrale de ces journées d’études étant les « Nouvelles modalités d’écriture du sonore et du musical » et questionnant la pertinence de la notion de « partition » dans ce contexte, nous voudrions proposer l’observation d’une forme d’écriture, le « programme », dans les formes contemporaines de dispositifs d’art sonore et/ou musicaux, ainsi que plus largement dans l’histoire de la musique. Bien que fortement développée avec l’arrivée de l’ordinateur, cette forme d’écriture – du grec programma, « ce qui est écrit auparavant » – trouve son origine dans d’anciens automates créés durant le Moyen-âge, notamment consacrés à produire et reproduire de la musique. En effet, la musique dite de la « note » s’adapte très bien à ces premières formes de programmation par deux principes : la discrétisation et l’identification de la hauteur des sons – c’est-à-dire le système de notes, répondant au processus de grammatisation1 du musical – et son caractère temporel linéaire – un programme est « lu » dans un sens et dans un temps comme une « suite d’informations ». L’arrivée du numérique et de l’informatique introduit de nouveaux enjeux et une nouvelle époque dans le processus de grammatisation des arts sonores et du musical, dans laquelle les programmes ne se vouent plus seulement à la reproduction des unités sonores, mais sont à l’origine de traitements et calculs d’une très grande variété et complexité. Le programme conserve néanmoins le caractère anticipatoire et sa reproduction extérieure dans la machine instaure une nouvelle époque de ce que André Leroi-Gourhan décrit comme processus d’extériorisation, pour ce cas, l’extériorisation du système nerveux. Car le programme informatique, à partir de principes de logique et algorithmique, extériorise des fonctions qui étaient propres à l’intellect, dans la machine informatique, en ajoutant des temps de calcul de plus en plus infimes. Le programme écrit et pensé à l’avance n’est donc pas une écriture destinée à être interprétée, mais une écriture destinée à être actualisée par la machine.

Il sera donc question de s’interroger sur certains des enjeux de cette nouvelle écriture, en focalisant sur les possibilités de son interprétation, ses modalités de conservation et de transmission, à une époque où l’automatisme et l’obsolescence se généralisent laissant cette écriture dans l’une des faces les plus cachées des dispositifs contemporains.

12H45 pause

14h15 Franck Pecquet (UMR 8218 Acte/ Paris 1), La partition comme témoignage graphique du son

Depuis longtemps l’écriture musicale ne représente plus seulement le système de signes conventionnel d’un certain langage musical, mais aussi celui, ouvert, des divers procédés graphiques de transcription sonore. Non plus seulement la notation symbolique des signes qui sonnent et résonnent à la lecture, mais la transformation graphique de processus « trans-musicaux » imperméables à la représentation symbolique traditionnelle. L’évolution de la partition va de pair avec celle des mutations sonores : d’une part la musique dépasse son cadre limité d’appréciation, d’autre part les révolutions technologiques récentes, de l’enregistrement à l’interactivité audiovisuelle et l’informatique en réseau ont largement sapé le cadre de représentation de la partition. Entre formation et transformation, la partition témoigne aujourd’hui de cette métamorphose de la musique et des moyens de sa représentation à travers l’écriture. La partition n’est plus exclusivement le moyen d’interpréter le sonore, mais la trace pour le représenter et le faire exister graphiquement.

15h15 Marco Marini (compositeur et professeur de composition, CRD de Pantin), Agringento

Le concept « Une toile pour une toile… » consiste à composer une œuvre musicale pour une toile de peinture. De nature électroacoustique, cette œuvre est destinée à être jouée sur un dispositif particulier : une interface textile. Cette interface, tissu muni de capteurs et relié à un ordinateur, permet de jouer les sons enregistrés dans celui-­‐ci selon différents modes programmés dans le logiciel. L’interface est ensuite « découpée », suivant mes choix, en plusieurs zones correspondant au découpage géométrique des différentes régions de la peinture.

Loin d’être anecdotique, ce concept arrive à point nommé dans mon parcours artistique, car il me permet de renouer avec le geste du peintre. J’ai pratiqué la peinture une dizaine d’années durant avant de me consacrer à la musique.

16h15 Pause

16H30 Emmanuelle Bouyer, (artiste plasticienne, enseignante à l’ENSA Paris Val-de-Seine), Retentissements

Au départ, il y a une situation, une circonstance.

Un lieu, ou un mouvement, avec une temporalité, un climat, une atmosphère, une sonorité et ce lieu invitent à des parcours, a une déambulation quasi passive, c’est-à-dire a une a incorporation . Cette situation semble exiger le choix de modes d’agir, cet agir sera le dessin ou le film : une forme de captation, une captation pour mieux voir, mieux entendre. Au départ la déambulation, ensuite ou plutôt pendant, émergé, se pose la question. Cette question se formule intuitivement et se traduit par des gestes, des notations, des bouts filmes, des mouvements, des dessins, des tentatives.

Un premier constat est évident: l’impossibilité de redonner à voir, de transmettre exactement ce que j’ai perçu a un public : il faut refabriquer une autre expérience , et pour cela m’inventer des procédés et des outils de transcription au gré de la situation spécifique dont je veux rendre compte.

Je travaille à capter le mouvement à peine perceptible, mais permanent de la lumière du jour, telle une traque, un « être à l’affût ». Lorsque dans ce travail, de l’inattendu et des incidents se produisent, il me faut a nouveau les capter, et ainsi, a chaque fois ce qui se produit au cours de mon travail modif celui-ci. À aucun moment je ne suis guidée par une image d’achèvement.

L’énergie de la lumière, de ses mouvements à peine perceptibles, mais pourtant permanents, se transcrit de partition en partition, d’agir en agir, comme une tentative d’épuiser en moi son retentissement. Mes installations ne sont que des dispositifs pour faire apparaître, « donner à voir», entendre, à sentir cette métamorphose inlassable des lieux.

Cette présentation proposera d’aborder la question du retentissement (captation, émergence, fabrication) présente dans mes travaux depuis les partitions de lumière de la Station de métro carrefour Pleyel en 2000 jusqu’aux récentes chasses de lumière.

 

17 h30 Gustavo Almenara, Romain Blanc-Tailleur (créateurs vidéos), Célio Paillard (artiste-chercheur, Institut ACTE), Partition animée.

Performance présentant un dispositif de projection et de lecture d’une partition animée de Gustavo Almenara et Romain Blanc-Tailleur. Célio Paillard se prête au jeu de l’interprétation d’une pièce visuelle jouée en direct.

La partition animée est une écriture graphique en mouvement, une idéographie dynamique. Cette qualité nouvelle induit pour celui qui lit, interprète ou improvisateur, une perception temporelle du signe, et en fait un vecteur de compréhension de sa matière même : l’expression du mouvement.
Le mouvement devient outil structurant de l’écriture ou de la direction, moteur d’improvisation, révélateur du paysage intérieur de l’interprète.

19H30 Concert

Tridance, Taira Ushiyama (8’14, 2016)

Le cap de la tourmente, Robert Normandeau (7’23, 1985)

Trois chambre d’inquiétude, Michèle Bokanowski (26’24, 1976)

1Nous utilisons ici ce terme selon l’interprétation et l’élargissement que Bernard Stiegler donne à la définition de Sylvain Auroux, comme discrétisation en grammes d’un flux.

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