Archéologie de l’audiovisuel #10 Cahier Louis-Lumière

31-12-2016 par helenevirion

Cahier Louis-Lumière – N°10 (décembre 2016) : Archéologie de l’audiovisuel

Ce numéro 10 des Cahiers Louis-Lumière vient à point, l’année des 90 ans de l’École, avec pour thème « l’archéologie de l’audiovisuel », nous raconter comment 90 années de techniques au service de l’imagination, de l’invention et de l’innovation ont produit des chercheurs et des passionnés d’images et de sons. L’École Louis-Lumière n’a pas l’âge de ses artères car celles-ci sont de lumière, de couleurs et de vibrations. Le cinéma, n’étant pas de « l’audiovisuel », a vécu, plus que le son ou la vidéo, sa mutation numérique d’une façon particulière, et ce sont les techniques imparfaites ou échouées décrites dans ce numéro qui ont trouvé, grâce à la dématérialisation de son support fragile, la possibilité de renaitre et de s’accomplir. Ainsi la vitesse de la prise de vue, ou la superposition des « couches » d’images, trouvaient toujours des limites dans la résistance de la pellicule ou sa sensibilité. C’est la raison pour laquelle de nombreux trucages sont tombés en désuétude mais ils ont progressivement trouvé un regain lorsqu’ils ont été libérés de la matière même, cause de leur imperfection. L’obsolescence de certaines techniques, je pense à la glace peinte que l’on disposait sur la moitié supérieure du cadre pour donner à voir des plafonds de palais quand le studio n’offrait à voir que passerelles et projecteurs, a trouvé son prolongement dans l’extension numérique de décor, car le principe même était optiquement valable. Très tôt les images de cinéma ont été divisibles, en temps et en surface, et, contrairement à ce que certains répètent, le temps n’est pas la matière du cinéma. Sa matière est constituée de durée qui peut être étirée ou raccourcie, autant que l’image peut être divisée en multiples parties à assembler. C’est le principe de toutes les techniques de trucage, quelles qu’elles soient, et de quelque époque qu’elles datent. Ainsi la transparence a été remplacée par un fond vert, la glace peinte est devenue un «matte painting», l’image figée s’est prolongée dans le «bullet time», le «slit-scan» a fait la synthèse spatio-temporelle, et tous les trucages d’arrière plans, de dimensionnement des objets, la substitution, la manipulation du regard sont toujours, dans leur principe, dans le cinéma d’aujourd’hui. Ainsi, d’obsolescents il n’y a que les outils, pas l’imagination qui les a forgés. Et si la pellicule est remplacée par des capteurs, et si le son n’est plus transmis par un diamant sur un disque, est-ce pour autant que le cinéma, la musique, la photographie ont disparu ? Ce numéro 10 vient à point pour tourner la page du siècle puisqu’il aura fallu quatre fois vingt années plus les dix (précisément) dernières, celles qui auront vu Louis-Lumière intégrer et enseigner toutes les transformations techniques, et observer les plus belles innovations technologiques aboutir enfin à un degré de qualité jamais atteint.

Francine Lévy
Directrice de l’ENS Louis-Lumière

 

L’objectif Petzval : un rebond esthétique, pp. 166-174

Hélène Virion

Résumé:

La résurgence de l’objectif Petzval permise par la société Lomography interroge les enjeux de l’innovation, de l’abandon et des rétro-recherches dans le domaine de la photographie. Elle est l’occasion de questionner par une pensée prospective la force du cycle de vie des artefacts. De fait, cet objectif photographique dédié aux portraits est l’exemple même de l’innovation dans toute sa complexité et ses évolutions. L’optique inventée en 1840 par Joseph Petzval, exploitée par l’industriel Voigtländer & Sohn avant d’être abandonnée dans les années 1920, puis résurgente depuis 2013, pose dans le contexte du projet d’une Archéologie de l’audiovisuel, le postulat d’un élan novateur. Le présent article propose dans cette veine de mettre en exergue le franchissement de l’usage premier de l’objectif Petzval, comme ses défaillances, pour y puiser la source d’un rebond. Il sera l’opportunité d’aborder la défaillance comme enjeu d‘une réinvention du médium à l’ère numérique et d’une réexploitation par de nouvelles techniques, de nouveaux usages et enjeux artistiques, des spécificités de l’optique de 1840.

 

Sommaire:

Avant-propos, Francine Lévy, directrice de l’ENS Louis-Lumière

Éditorial – His Master’s [Dead] Voice – Gérard Pelé et Giusy Pisano, responsables scientifiques du n°10

Au-delà du déterminisme technologique 

– Retours critiques sur l’archéologie des médias : Un entretien avec Wolfgang Ernst – Élodie A. Roy

– Numériser la conscience : le soi numérique – Kelly McErlean

– H.M. Enzensberger contre l’amertume du vieillard – Des « groupes vidéos » à Youtube (et retour) – Jeremy Hamers

Dispositifs oubliés 

– Panoramas oubliés : restitution et simulation visuelle – Laurent Lescop

– Petite archéologie de l’art sonore « photographique » Week-end (Ruttmann, 1930) – Loïc Bertrand

– Le Phonopostale et les sonorines : un échec riche d’idées – Peppe Cavallari

– Du Ciné NIC au NIC télévision (1931 – 1974) : de l’effet de mode à l’échec industriel – Réjane Hamus-Vallée et Claude Mettavant

Remplois et Renaissances

– Media of the dead : autour de la PXL-2000 – Richard Bégin

– Les œuvres vidéo-électroniques de Carlo Quartucci et les mécanismes d’expérimentation vidéo-théâtrale, à travers la reconstruction du parcours historique, culturel et politique italien des années soixante et soixante-dix – Désirée Sabatini

– Innovation dans le cinéma et la photographie des armées (1960-1990) – David Sbrava

– La photographie intégrale devient réalité – Pascal Martin

– L’objectif Petzval : un rebond esthétique – Hélène Virion

– Naissances, mort et renaissance(s) de la transparence – Caroline Renouard

 

Consulter le Cahier en téléchargement

 

 

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