Louvre Lens et Institut ACTE présentent le Colloque performatif « Contre Temps ».

02-07-2013 par art-sciences

Colloque performatif  Contre Temps

Louvre – Lens 5-7 juillet 2013

 

En écho à l’exposition « Le temps à l’œuvre », présentée actuellement (jusqu’au 21 octobre) au Musée du Louvre-Lens, l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et le Louvre-Lens s’associent pour organiser un colloque pluridisciplinaire autour du thème du temps. S’intitulant « Contre Temps », cet événement a pour but de mettre en regard une vaste gamme de réflexions contemporaines autour de la notion du temps.

Pendant trois jours cette notion sera abordée sous ses multiples facettes par des scientifiques, des critiques d’art, des philosophes et des créateurs : chacune des interventions entrant en dialogue avec les autres et permettant ainsi un échange entre les disciplines représentées.

La migration de la perception spatiale du temps, l’accélération et la décélération, les nouveaux rythmes de la vie humaine et leurs enjeux, les temps physiques et biologiques font partie des multiples thématiques abordées durant le colloque.

Chaque jour, les débats théoriques seront confrontés à la réalité du temps à travers une performance  réalisée par les artistes.

 

 

 

5 juillet vendredi après-midi

14h30-17h30

 

EXPOSER LE TEMPS À L’ŒUVRE

Pierre Yves Le Pogam. Introduction. Exposition « Le temps à l’œuvre ».

 

Pierre Yves Le Pogam est conservateur en chef au département des Sculptures du Musée du Louvre. Docteur en histoire et histoire de l’art à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et archiviste paléographe, il a également été membre de l’École française de Rome.

 

 

Jeanne Lepine. L’ Art du temps : enjeux et perceptions.

 

Si l’art a toujours été une matérialisation supplémentaire de la notion de temps, quel est l’intérêt du public sur cette question ?

Peu de musées ou d’expositions dans le monde se dédient entièrement au temps.

La notion de temps a été abordée par nombre d’artistes sous toutes les formes, mais si certains veulent aller plus loin que la simple expression poétique, doivent-ils nécessairement collaborer avec des spécialistes ? Doivent-ils inscrire leurs démarches de création dans des laboratoires? Ces collaborations sont-elles fructueuses?

Comment les artistes aujourd’hui travaillent sur le temps, de quelle manière les pièces sont-elles vendues, valorisées, exposées? Autant de questions auxquelles Jeanne Lepine tentera de répondre lors de son intervention en soulevant problématiques et enjeux autour des œuvres sur le temps et de leurs perceptions tant par le public que par le marché de l’art.

 

Jeanne Lepine est co-directrice de la galerie de Roussan, créée il y a deux ans. Cette jeune galerie d’art se situe aux frontières de la science. Les œuvres expérimentales exposées à la Galerie de Roussan sont souvent issues de la rencontre entre artistes et scientifiques. Jeanne Lepine a suivi une formation journalistique et artistique en France et à l’étranger. Passionnée par l’art contemporain, elle s’est spécialisée dans la promotion  d’artistes internationaux conceptuels. Qu’ils travaillent la peinture, la sculpture, l’installation, le dessin, le son, la vidéo ou tous ces supports à la fois, les artistes déclinent leur vision du monde, reflet de nos préoccupations.

 

ACCELERATION / DECELERATION

 

Jean Da Silva. Temporalité créative et conduites compulsives en art.

 

Le propos de Jean Da Silva s’articule autour de certaines pratiques contemporaines, telles celles d’Anne Darboven ou On Karawa. Elles semblent nier la temporalité par leur caractère répétitif, alors même qu’elles prennent comme objet et matériau les principes de mesure du temps. Ces pratiques répétitives, au delà de leur caractère procédural, peuvent être situées dans des démarches propres à l’art « brut » qui mettent en œuvre des modes de création sous forme de comportements obsessionnel. Il s’agit de comprendre comment le modèle des comportements compulsifs a permis à  certains artistes de s’emparer de la question du temps au delà de tout imaginaire et  de tout symbolisme,  pour atteindre  un « réel » du temps.

Jean Da Silva professeur des universités en arts plastiques et spécialiste de l’art contemporain à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne conduit  actuellement des recherches  portant d’une part  sur les rapports entre intentionnalité et création et d’autre part sur l’esthétique des arts de soi consacrée aux apparences et aux comportements corporels publics ou intimes.

 

 

Alla Chernetska. Îlots de la décélération : utopie contemporaine face l’accélération de rythme de la vie.

 

Le développement des technologies au XXe siècle a entraîné une accélération du rythme dans tous les domaines de la vie. Tout au long du XIXe siècle et au début du XXe, la vitesse était associée aux réflexions utopiques sur la nouvelle vie, notamment dans les écrits et les œuvres des futuristes ; aujourd’hui l’accélération est devenue le mode de vie humain, nécessaire pour synchroniser tous les domaines de la vie. Mais, comme le remarque l’économiste J. Schumpeter, l’abolition des limites de vitesse, au service d’une accélération maximale, peut produire un risque de ralentissement économique par la récession et la dépression. La nécessité de suivre un rythme général a amené à la résistance à l’accélération, résistance qui devient un mouvement utopique dans la société contemporaine de la vitesse. La nostalgie de ce monde perdu se manifeste par l’apparition de ce que le sociologue Hartmut Rosa appelle les « îlots de décélération », comme les « unions pour le ralentissement du temps », « les chômeurs heureux », le mouvement « slow food », qui s’appuient sur l’héritage idéologique de P. Lafargue et B. Russell sur l’oisiveté. À part des mouvements engagés, on voit également le rejet des nouvelles technologies au profit de technologies plus anciennes, réputées plus utiles. Dans le domaine de la musique, on réussit aujourd’hui à accéder aux morceaux d’une manière extrêmement rapide, par un simple clic sur un titre alphabétique grâce au MP3. Dans le même temps, on note le retour au support du disque vinyle dans les milieux amateurs et professionnels de la musique. Cet état de fait entraîne l’apparition de nouveaux labels discographiques spécialisés dans l’édition de disques vinyles. A l’heure actuelle, l’utilisation des platines devient de plus en plus répandue dans les bars et les boîtes de nuit. On peut alors se demander si ce développement est motivé par le fétichisme de l’objet matériel, le processus ou par la qualité de la musique ; dans ces cas-là, la vitesse n’est pas de toute façon le critère privilégié.

 

Alla Chernetska est Doctorante en histoire de l’art à l’Université Paris I  Panthéon-Sorbonne. Sa thèse en Arts et Science porte sur l’élaboration d’un nouveau langage universel dans l’investigation du monde. Elle est égalment critique d’art et rédige des articles pour Plastik Art&Science, revue de la Sorbonne depuis 2012.

 

 

Claire Labastie. Actualités du retard.

 

Claire Labastie amorce une réflexion sur la notion de retard dans l’art contemporain. En effet, sous la figure tutélaire de Marcel Duchamp, les artistes contemporains créent des œuvres où le retard joue un rôle déterminant. Qu’il soit une dérogation à une norme usuelle ou à une durée ajustée, le retard répond à une exigence ponctuelle. Le retard libère les forces vives, en tant qu’il outrepasse les limites contraignantes, en dynamitant ce qui pourrait être lu comme une prison temporelle. C’est dans l’implicite d’une énergie créatrice libérée par le retard qu’un certain nombre d’artistes contemporains le travaillent comme un matériau, une forme ou une matrice fertile.

Claire Labastie, née en 1958, est professeure agrégée au Lycée Michelet de Vanves et docteur en arts plastiques depuis 2011 ; sa thèse s’intitule: « Précipités : retards à l’œuvre ». Elle est également l’auteur de plusieurs articles.

 

 

6 juillet samedi matin

10h30-13h30

 

LE TEMPS AU TRAVERS DES MEDIUMS INTERTEMPORELS

 

Hubert Besacier.  La question du temps dans la peinture abstraite contemporaine.

 

Hubert Besacier se propose d’aborder la question du temps dans une courte étude comparative de l’œuvre picturale de deux artistes récemment disparus : Roman Opalka (27 août 1931 – 6 août 2011) et Julije Knifer (23 avril 1924 – 7 décembre 2004). Pour ces deux artistes, la peinture est un processus stylistiquement constant, qui se déroule sur la durée d’une vie qui lui est entièrement consacrée. Ces deux démarches picturales sont donc fondées sur la notion de temps, mais elles dépendent de conceptions antagonistes et sont diamétralement opposées. Alors que la peinture de Roman Opalka enregistre l’écoulement du temps, celle de Julije Knifer revendique le « non-développement ». Le premier a recours à l’énumération qu’il fait débuter en 1965 et qui se déroulera jusqu’à sa mort. Le second, dès 1960, adopte la figure du méandre qui n’a ni début, ni fin. Hubert Besacier présentera également la projection d’un film d’animation d’une durée de dix minutes : « Les maisons qui meurent », 1996-1997. Ce projet de Christophe Berdaguer et Marie Péjus met en scène des maisons dont la durée de vie est indexée sur la durée de vie de leur propriétaire. Avec le concours du cabinet d’architecture de Rudy Ricciotti, ils ont réalisé un petit film qui expose huit occurrences de cette lente et inexorable destruction. Certaines d’entre elles suivent très précisément l’évolution biologique de leur propriétaire. D’autres se détruisent au fur et à mesure de leur usage. Le temps est ici vu dans son inexorable et lente progression.

 

Hubert Besacier né en 1946. Vit à Lyon, France. Critique d’art (membre de l’AICA) et curateur indépendant, il a enseigné la théorie de l’art dans les Écoles Nationales Supérieures d’Art (Villa Arson Nice, ENSBA Bourges, ENSBA Dijon) et à la Curtin University (Perth, Western Australia).

Il a publié plusieurs textes sur l’œuvre de Julije Knifer et organisé plusieurs expositions de son œuvre, du vivant de l’artiste.

 

 

Richard Conte. Dessiner le temps.

 

La problématique du temps est une question physique, philosophique et anthropologique complexe et la façon dont le temps se dessine reste un phénomène énigmatique, même si différents procédés et dispositifs ont été inventés au cours de l’histoire pour suggérer le temps qui passe dans une image fixe. Richard Conte distingue différentes pratiques dans le temps du dessin. Les pratiques qui mettent en œuvre de façon explicite la mesure du temps dans l’acte de création graphique, comme avec Roman Opalka, ainsi que celles, graphiques, qui se servent prioritairement des durées de croissance ou de mouvement du vivant. On reconnaît également les dispositifs graphiques qui mettent en scène ou en situation les déplacements et trajectoires astronomiques et géophysiques par le dessin ou son enregistrement, comme dans l’œuvre du plasticien Bernard Moninot. Se singularisent aussi les formes de dessins qui explorent les durées de la création graphique, de la quasi-immobilité à la vitesse de la lumière, en passant par toutes les graduations du mobile — tout comme les qualités sensibles de la trace sont directement liées à la vitesse d’exécution associée à l’énergie et aux forces mises en jeu, comme dans la fée électrique de Picasso en 1947. Le Kairos (moment opportun chez le Grecs) est tout aussi important, il est un « instant décisif » dans le dessin, en tant que virtualité poïétique. Richard Conte développe la théorie du « temps retrouvé » ou comment la résurgence mémorielle du passé irrigue la création graphique dans son actualisation.

 

Richard Conte  est artiste plasticien, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et directeur de l’Institut ACTE (Arts, Créations, Théories, Esthétiques) UMR CNRS. Il a fondé et co-dirige la revue Plastik. Ses recherches portent sur la Poïétique, comme philosophie de la création.

 

 

Mélanie Perrier. Faire coïncider les temporalités à l’œuvre.

 

Melanie Perrier considère la performance comme un médium dont la relation spécifique au temps détermine principalement le régime de visibilité de l’œuvre.
Grâce à un parcours à travers des œuvres historiques et contemporaines issues du champ des arts plastiques, elle cherchera à montrer comment les artistes sont passés du temps comme forme représentée au temps comme forme éprouvée, d’un temps comme médium à un temps multiple désormais articulé à celui du spectateur.

 

Mélanie Perrier est artiste chorégraphe et maître de conférence en Arts Plastiques à l’Université Paris 4 / IUFM de Paris. Elle enseigne également depuis 2005 à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne les nouvelles formes émergentes de créativité au sein d’ateliers de création et de recherches mettant en jeu les esthétiques du geste, la mobilité, le corps et sa performance. Elle fonde en 2010 la compagnie 2minimum et est sélectionnée comme chorégraphe pour le Programme de Recherche chorégraphique de l’Abbaye de Royaumont, en 2011-2012. Elle a créé depuis 2005 le Laboratoire du Geste, ligne de recherches regroupant artistes, chercheurs, philosophes travaillant sur ces questions. Commissaire d’exposition, elle a mis en place plus de 8 expositions depuis 2001.

 

 

LE TEMPS AU TRAVERS DES MEDIUMS ULTRA-CONTEMPORAINS

 

Margherita Balzerani. « À la recherche du temps perdu ». Errance et dérive temporelle de l’œuvre  d’art à l’ère du numérique.

 

Stéphane Mallarmé déclarait dans un poème en 1897 : « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ». En 1963 l’artiste Nam June Paik réalisait l’installation Random Access. Depuis toujours la maîtrise du hasard et du temps donnent lieu à des expériences créatives inattendues. Voyage au sein du 01001 transforme notre perception de la mémoire, de la vitesse, de la vie. L’acheminement graduel des informations sur Internet, l’actualisation instantanée et l’accessibilité permanente à nos identités fluides montrent le paradoxe d’un temps persistant, dilaté, superposé qui nous amène vers de nouvelles perceptions auxquelles l’œuvre  d’art contemporain participe depuis toujours.

 

Margherita Balzerani est curateur et critique d’art, spécialisée dans le détournement esthétique des jeux vidéo et des mondes virtuels dans l’art contemporain. Après une maîtrise en histoire de l’art à l’Université de Rome La Sapienza, elle effectue une année d’études à l’Université de Paris IV Sorbonne. Elle est l’auteur de nombreux articles sur des artistes contemporains. Elle est actuellement rédactrice de la rubrique INTERARTIF pour Amusement Magazine. Membre active de l’O.M.N.S.H., Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines, sa thèse de Doctorat en cotutelle entre la Sorbonne et l’Université de Rome La Sapienza s’intitule « Les enjeux esthétiques des jeux vidéo et leur influence sur la création artistique contemporaine ». Margherita Balzerani est également professeur de Sémiotique et d’Histoire de l’art dans l’école de Manga, Eurasiam, et de Muséographie à l’ICART de Paris.

 

 

Marie-Laure Desjardins. Qui est le maître du temps ?

 

« Le philosophe a régné sur le monde antique. Le savant règne provisoirement sur le monde d’aujourd’hui. Tout laisse à penser que c’est l’artiste qui régnera sur le monde de demain. » Georges Mathieu.

Le temps ? Éternelle question. Est-il linéaire ? Cyclique ? Est-il seulement réel ? Comme pour l’existence de Dieu, nombreux sont ceux qui y croient sans, jusqu’à présent, pouvoir en apporter l’irréfutable preuve. Le temps fait l’objet d’un rite et ses diverses conceptions filent la métaphore. On évoque la relativité, la flèche du temps, l’espace-temps, le temps réel, mais aussi les mondes parallèles ou encore la machine à explorer le temps. L’apparition d’Internet et des différents terminaux mobiles ont beaucoup influencé l’appréhension que chacun a de l’écoulement des heures. En abolissant les distances et en permettant l’accès quasi permanent à un ensemble de données appartenant tant à la sphère privée qu’à celle du travail ou des loisirs, ils ont permis une utilisation des temps morts, une mixité des temps libres. L’emploi du temps de l’homme contemporain est fortement influencé par cette nouvelle mobilité. Si, à l’instar des historiens, sociologues, philosophes ou prospectivistes, les artistes observent et analysent ces changements de rythme et les nouveaux usages qui en découlent, ils sont davantage préoccupés par l’appropriation des nouveaux terminaux comme outils, mais aussi comme symboles. Ils les éprouvent, les détournent, en hypertrophient les possibilités, font en sorte que non seulement leur existence devienne visible, mais que les conséquences de leur utilisation apparaissent clairement. Entre leurs mains, le temps rétrécit, se dilate, tente d’être maîtrisé, devient une aire de jeu. Il est alors question d’histoire, de mémoire, d’être au présent et au futur, peut-être. Cette intervention se propose d’explorer la notion de temps à travers l’art numérique et mobile. Elle tentera également de répondre à la question : « Qui est le maître du temps ? »

 

Marie-Laure Desjardins est chercheur doctorante à l’université Paris I sous la direction d’Olga Kisseleva. Sa recherche porte sur l’introduction d’outils mobiles dans le champ de l’art. Elle s’attache à établir comment ces innovations technologiques renvoient à des innovations conceptuelles et comment chacune d’entre elles donne lieu à des familles d’œuvres très différentes. Journaliste depuis plus de 20 ans, elle est la fondatrice du site Internet d’information consacré à l’art contemporain ArtsHebdo|Médias (www.artshebdomedias.com).

 

 

Sabine Adnane. Nouveaux rythmes des corps à l’ère contemporaine.

 

« L’homme s’invente dans la technique en inventant l’outil – en s’extériorisant technologiquement », Bernard Stiegler.

L’usage des sciences et des techniques pour améliorer les capacités physiques et mentales des êtres humains, et ainsi transcender les limites imposées par la biologie, sont aujourd’hui des questions d’actualité. En effet, l’omniprésence des machines dans la vie de l’être humain, pour l’amélioration de ses conditions de vie, suppose différentes questions sur le long terme. On peut se demander jusqu’où ira cette amélioration et quels sont les besoins que ces machines viennent satisfaire, au point de devenir indispensables à l’évolution du genre humain.

Si le besoin d’alimenter l’épaisseur du corps naturel redéfinit les zones d’influence de la technologie, la perspective d’un corps à l’ère de l’immédiateté donne soudain la primauté à la vitesse des flux, à l’absence de délais, à la stimulation de nos facultés. L’objectif est clairement énoncé : rendre le corps contemporain de l’ère de la vitesse des transmissions instantanées et autres procédures d’accélération du biorythme, jugé trop lent. Ce qui est en jeu, c’est la migration de la perception de l’espace-temps, on perçoit un temps présent limitatif et restrictif qui évolue vers un sentiment d’ubiquité fait d’impulsions, d’actualisations constantes, directement reliées à notre environnement.

La disponibilité immédiate et le sentiment de dispersion inscrivent le corps dans une nouvelle temporalité, différente par l’accélération de la perception spatiale et temporelle et par l’abolition des frontières entre l’interne et l’externe. En effet, l’accélération du rythme global à l’ère contemporaine s’accompagne d’un développement technologique. Ce dernier marque l’entrée dans une nouvelle ère de profusion de nouvelles prothèses numériques. Le corps, dont la capacité d’adaptabilité s’accélère, expérimente les variations et les limites de ses propres compétences.

La technologie s’impose dans une course sans fin à l’augmentation de nos capacités et pose la question liée au désir : que va devenir l’art si l’homme est capable de se réinventer ?

 

Sabine Adnane, chercheuse en Arts et Science de l’art à l’université de Paris I, s’interroge sur les enjeux de la démarche artistique en regard des prospectives de transcendance qu’offre l’évolution des techniques et des sciences.  Elle enseigne le design et la communication visuelle. Elle a publié : « La question du multiple à travers la plasticité d’œuvres participatives de l’espace public contemporain », dans Revue So Multiples, ≠06, 2013 ; « Couleur et lumière, composantes essentielles des œuvres participatives dans l’espace public contemporain », dans Lettre volée, 2013.

 

 

7 juillet dimanche matin

10h30-12h30

TEMPS « OBJECTIF » ?

 

Etienne Klein. Le temps est-il un cas de conscience ?

 

Etienne Klein s’interroge : « Nous disons du temps qu’il s’écoule ou qu’il passe. Mais s’écoule-t-il ou passe-t-il de lui-même ? Ou bien ne s’agit-il que d’une impression qui provient entièrement de nous ?

Pour répondre à ces questions, il faudrait pouvoir identifier et caractériser le “moteur du temps”, c’est-à-dire le mécanisme caché au sein du monde par lequel le futur devient d’abord présent, puis passé. Quelle est cette force secrète qui fait que dès qu’un instant présent se présente, un autre instant présent apparaît, qui demande au précédent de bien vouloir aller se faire voir ailleurs et prend aussitôt sa place, avant qu’un autre instant présent l’envoie lui-même se promener dans le passé, prenne sa place dans le présent, et ainsi de suite ? Ce moteur du temps est-il physique, objectif, ou intrinsèquement lié aux sujets conscients que nous sommes ?  » C’est à ces interrogations qu’Etienne Klein tentera de répondre lors de son intervention.

 

Etienne Klein, né en 1958, est physicien, directeur de recherches au CEA et docteur en philosophie des sciences. Il a travaillé à divers grands projets de physique. Il dirige le Laboratoire de Recherche sur les Sciences de la Matière du CEA (LARSIM).Il est  également professeur de physique et de philosophie des sciences à l’Ecole Centrale de Paris. Il a écrit plusieurs ouvrages de réflexion sur la physique, notamment sur la question du temps.

 

 

François Sigaux. Le temps biologique et sa perception : une alliance nécessaire de l’objectivité et de la subjectivité.

 

Dans son intervention, François Sigaux, s’inscrira dans une position philosophique des plus simples, qui consiste à exclure le début et la fin du temps, s’ils existent, et à se concentrer sur sa flèche, la façon de la définir, et la façon dont l’homme peut juger des lois qui conditionnent la temporalité. Dans ce contexte, la question du temps peut être abordée d’une manière simple qui consiste à ordonner un ensemble d’états d’un même système par inférence, la règle d’inférence la plus fréquemment invoquée étant celle du principe de causalité. Il apparaît immédiatement que la situation est différente si l’individu s’inscrit ou non dans le processus. En s’excluant soi-même du processus, il peut compter sur toutes les approches du raisonnement humain pour établir le plus fidèlement possible la description des états du système et les mémoriser. La discussion de l’avant et de l’après consiste alors à découvrir une loi d’inférence. Un exemple paradigmatique est celui de la théorie de l’évolution des espèces vivantes formulée par Darwin qui évite de reconstruire toute la chaîne entre le principe de causalité et l’observation. Lorsque le sujet s’inclut dans la réflexion, il apparaît clairement qu’il doit faire appel à sa propre mémorisation pour distinguer le présent du passé. Dans cette situation, il est probable que le sentiment commun de l’accélération/compression du temps est lié directement au processus de mémorisation. La temporalité d’une molécule, d’une cellule, d’un individu, d’une population ou de l’ensemble du vivant peut-elle être intégrée dans une vision unique liée à celle de l’inanimé? Cette question est cruciale pour bâtir la théorie du vivant, dont la singularité est peut-être qu’elle ne puisse être élaborée par l’homme.

 

François Sigaux  est un scientifique au parcours multiple. Professeur des Universités (Paris-Diderot), Chef du service Hématologie biologique de l’Hôpital Saint-Louis (Assistance Publique Hôpitaux de Paris), Directeur de l’Institut Universitaire d’Hématologie, Directeur de l’Ecole doctorale « Biologie et Biotechnologies », Vice-Président de l’Institut Curie, Membre du Comité de Direction scientifique de l’Inca, Rédacteur en chef fondateur de la revue « Hématologie », il est aussi Co-Président du pôle franco-chinois de génomique du vivant. Il est l’auteur de plus de 180 publications dans des revues internationales.

 

Olga Kisseleva. Conclusion.

Olga Kisseleva enseigne l’art contemporain à Université Paris I Panthéon-Sorbonne et dirige le laboratoire « Art & Sciences » à l’Institut Acte, CNRS – Université Paris I Panthéon-Sorbonne. À l’intersection des réalités locales, contextuelles, et des réalités globalisées d’un monde homogénéisé, Olga Kisseleva interroge la place de la pensée et de l’art dans les sociétés post-modernes. Ses œuvres basées sur les technologies de pointe explorent la capacité des nouveaux médias à créer une image fidèle de la réalité. Son œuvre a été notamment présentée au Centre Pompidou (Paris, 2013), au MOMA (New York, 2012), au Musée Guggenheim (Bilbao, 2008), à KIASMA (Helsinki, 2006), au Centre National d’Art Contemporain (Moscou, 2005), au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia (Madrid, 2005), à l’ARC (Paris, 2003), dans les Biennales de Venise, d’Istanbul, de Bios Dakar, de Tirana, de Rennes, de Moscou et de Berlin.

 

 

 

 

5 juillet vendredi après-midi – 7 juillet  dimanche après-midi

CONTRE TEMPS  – performance participative d’Olga Kisseleva.

Temps  partagé  –  5-­7  juillet

Atelier  avec  les  publics du musée

Rencontres  individuelles  de  15  minutes,  pendant  3  jours, début de l’atelier, vendredi 5 juillet à 11h.

 

Dans la performance Temps partagé, le temps vécu, quotidien est abordé avec le public à travers une série d’ateliers individualisés. L’équipe d’artistes se porte à la rencontre des gens. Les artistes les questionnent sur le temps, sur leur vision du temps. A l’issue de l’exposition « Le temps à l’œuvre » les visiteurs qui le souhaitent sont invités à rejoindre l’équipe dans un studio improvisé. Au cours d’une discussion, des questions sur la perception du temps leurs seront posées.

La performance propose ainsi un contre-temps dans le programme de ceux et celles qui sauront en saisir l’opportunité. L’occasion leur est donnée de dilater le temps par la lenteur et la curiosité ; de voler quelques instants de vie imprévus et d’être projeté dans une dimension personnelle, à la fois nouvelle et ancienne. Celle d’un temps qui ne se soucie plus de la durée.

La performance enregistrée en vidéo, permet aux artistes, grâce à la matière créée, de tisser, en temps réel, une toile de mots, et d’émotions. Tissus de sens, de rythmes, de sensations, «l’instant est là» : les portraits se disent, s’appellent, se heurtent et se répondent, graves ou jubilatoires, tendres et poétiques, toujours subtils et comme suspendus à ce fil fragile – tragique et magique – qui nous relie au temps…

 

 

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